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REBECCA HORN

Rebecca Horn, née dans l’Odenwald en 1944, a créé depuis les années 1970 une œuvre composée d‘un flot toujours plus foisonnant de performances, de films, d’installations de sculptures, de dessins et de peintures sur photos. L’unicité de cet univers iconographique réside dans la fonctionnalité physique et technique extrêmement précise avec laquelle l’artiste met spatialement en scène ses sculptures et leurs enchaînements de mouvement.

Dans ses premières performances, les extensions physiques, elle sonde l’équilibre entre l’homme et l’espace. Dans ses compositions spatiales ultérieures, elle remplace le corps humain par des sculptures cinétiques aux mouvements minimalistes. Ses nouvelles œuvres ouvrent de façon totalement immatérielle le champ énergétique d’un espace, grâce à des reflets de miroir, à la lumière et à la musique.

Les objets, en particulier construits, tels que violons, valises, tiges, échelles, pianos, métronomes, éventails en plumes, petits marteaux à métaux, bacs d’eau noirs, machines à dessiner des spirales, grands entonnoirs et stations de pompages sont les éléments de construction utilisés pour les sculptures cinétiques qui,  libérées de leur matérialité formelle, se transposent en métaphores immatérielles de la transformation perpétuelle. L’observateur peut donc ainsi associer des images mythiques et établir des références culturelles, historiques, littéraires et intellectuelles.

Son œuvre s’organise autour d’une logique rigoureuse. Chaque nouveau travail semble découler du précédent. Les éléments peuvent donc être repris et réapparaître dans différents contextes totalement transformés.

Ainsi, après les extensions physiques de ses premières performances, les masques et les objets en plumes dans les années 1970, ses premières sculptures cinétiques apparaissent dans ses films tels que Der Eintänzer (1978) La Ferdinanda (1981), Die sanfte Gefangene (1978) et Die Pfauenmaschine (1979/82).

Au cours des années 1980 et 1990, son travail a évolué vers d’énormes installations dédiées à des lieux chargés d’histoire et au lourd passé politique. Par ses sculptures cinétiques, l’artiste libère ces lieux du poids de leur souffrance: ainsi, par exemple, avec  Das gegenläufige Konzert (1997) où une ancienne tour à Münster s’avère être un lieu d’exécution du troisième Reich; ou encore Turm der Namenlosen (1994) à Vienne où, pour les réfugiés des Balkans, elle érige un monument éphémère qui fait jouer des violons mécaniques. A Weimar, capitale européenne de la culture 1999, Konzert für Buchenwald prend pour décor un ancien dépôt de trams. L’artiste construit une vitrine d’une longueur de 40 mètres pour y déposer des cendres en témoignage de la pétrification. Avec Spiegel der Nacht (1998), elle montre, dans une synagogue abandonnée à Cologne la force de l’écriture contre l’oubli de l’histoire.

Mais travailler avec l’énergie peut signifier également canaliser les turbulences de la passion en flux magnétiques à travers l’espace comme dans High Moon (1991) à New York ou dans El Rio de la Luna (1992) à Barcelone.
Dans les travaux récents, les systèmes circulaires de pompes à mercure, les énergies atmosphériques que sont les structures sonores ou les lamentations vocales se transforment en espace immatériel d’énergies recréées: dans son installation Mondspiegel (Palma de Mallorca, 2003) qui prend pour cadre un ancien monastère, l’artiste dresse une colonne d’énergie invisible et pourtant perceptible entre un miroir tournant au sol et un tourbillon de lumière fixé haut dans la coupole. Avec l‘installation extérieure  Spiriti di Madreperla (2002), elle transforme la plus grande place d’Italie, la  Piazza del Plebiscito à Naples, en un espace délimité par un champ magnétique: des anneaux de lumière aux reflets nacrés flottent très haut au-dessus de la place; des têtes de mort sculptées dans le fer s’insèrent entre les pavés (d’après les modèles pittoresques du cimetière de la ville); les fameux „capuzzelle“ semblent aussi bien regarder le spectacteur que s’observer entre eux et dialoguer avec le monde souterrain de Naples. L’œuvre Licht gefangen im Bauch des Wales (2002) appartient de même à ce cycle d’installations spatiales qui jouent avec la lumière.  Des textes projetés dans un bain noir et leur dissolution dans l’eau définissent un espace de nouveaux caractères et de combinaisons de textes. Rebecca Horn créé de nouveaux espaces de tensions qui s’élargissent à des dimensions à redéfinir. Ces nouvelles installations se découvrent aux sons  électroniques, instrumentaux et vocaux des compositions de Hayden Chisholm.

La conquête de nouvelles dimensions spatiales a commencé. Ce qui fait la particularité de cette artiste qui renouvelle constamment son travail est que chacune de ses œuvres pose un jalon sur le chemin qui franchit les limites du temps et de l’espace pour ouvrir un espace dans un univers dont on ne peut que pressentir l’existence.

Les travaux de Rebecca Horn ont fait l’objet d’expositions personnelles dans les plus grandes institutions internationales: à la Staatliche Kunsthalle Baden-Baden (1981), au M.O.C.A. Los Angeles (1990), au Musée Guggenheim à New York (1993), à la Nationalgalerie Berlin (1994), à la Serpentine Gallery London (1994), à la Tate Gallery London (1994), à la Kestner Gesellschaft à Hannovre (1997) et au Carré d’Art, Nimes (2000). L’exposition la plus récente – Bodylandscapes – est dédiée à son œuvre  picturale et a été présentée, après  Düsseldorf, Lisbonne et Londres, au Martin-Gropius-Bau à Berlin de septembre à décembre 2006. Elle a obtenu de nombreuses distinctions et prix, en particulier le prix documenta (1986), le Carnegie Prize pour The Hydra Forest, Performing Oscar Wilde (1988), le Kaiserring de la ville de Goslar (1992) et le Barnett and Annalee Newman Award (2004).

Lausanne, le 4 septembre 2009